Lettres de Augeard
"Le 5 Octobre 1797 ( 14 Vendémiaire an VI)
Lettre adressée au citoyen Le Gall, adm. du dép., isle Feydeau, à Nantes.
Saint-Aubin, canton de Sion,
Citoyen,
J'ai été, on ne peut plus sensible au témoignage de votre dévouement pour moi ainsi que vous me l'aves fait connaître par votre lettre du 4 du courant, me parvenue le douze par la poste de Derval et non par Châteaubriand. Voilà le motif du retardement. Je réserve incessamment à vous assurer de vive voix de ma sincère reconnaissance qui durera autant que ma vie.
Je vous souhaite une parfaite santé.
Salut et fraternité : Augear
P.S. J'ai apris que le c(itoye)n Taillandier, commissaire à Sion vous avait indiqué des assesseurs pour les trois communes du canton. Ceux qu'il vous a indiqué(s) pour Sion et Ruffigné sont très intelligents et dans les vrais principes. Quant à Jan Bioret et Jan Guibert indiqués pour Saint-Aubin, tous les deux bons patriotes, je crois qu'on doit les remplacer l' parce que Jan Bioret qui ne scait pas écrire est plus que septuagénaire, d'ailleurs demeurant à plus d'une lieue du chef-lieu de Saint-Aubin. 2' parce que Jan Guibert est le beau-frère du greffier. On m'a conseillé d'indiquer Jan Lorant de la Noë, exmaire et Joseph Narbonne, ex-agent, pour assesseurs. Je crois qu'on ne pourrait mieux choisir, tant à cause de leur civisme qu'à cause de leur expérience. Pour la commodité des justiciables je tiens alternativement mes audiences dans les trois communes qui composent le canton de Sion."
(Taillandier ne semble pas apprécier Augeard dont il dit, le 9 Vendémiaire, an V : "Augeard, ci-devant procureur à Châteaubriand, homme immoral, yvrogne et très fainéant... Cet homme est chouan et contre-révolutionnaire.")
Lettre du Commissaire du Directoire exécutif près le canton de Sion au commissaire près l'administration centrale,
"le 2 Brumaire An VII ( 23 Octobre 1798)
Citoyen commissaire,
Il fut commis un vol chés le nommé Suliot du Boisbriand dans la commune de Saint-Aubin-des-Châteaux, dans la nuit de décadi à primidi derniers. J'en fus instruit hier et on me nomme un des voleurs qui s'appelle Brunet, ci-devant chef de chouans, terrible assassin, aussitôt j'en prévins l'officier qui commande notre cantonnant. il envoya de suite une patrouille guidée par mon espion qui s'empara de ce scélérat environ minuit dans un endroit nommé la Réauté en ladite commune d'Aubin-des-Châteaum. il cherchait à faire encore quelques vols ou venait d'en faire car il était dans les champs à cet (sic) indue, comme cette patrouille le conduisait devant la justice, il voulut s'évader lorsqu'ils passaient entre deux petits bois nommés la Riodais, la patrouille fit feu sur lui et il - est resté mort sur -l'endr-oi,t,l-e pays-se-trouve délivré d'un monstre dont les yeux étaient gorgé(s) du sang des patriotes qu'il avait fait couler.
Salut et respect Taillandier" (ADLA - L 335)
Rapport du citoyen Augeard
"L'an sept républicain, le premier fructidor onze heures et demie du matin
S'est présenté au chef lieu de la commune d'Aubin des châteaux canton de Sion, dép. de Loire inférieure, un brigand armé d'un fusil de munition ayant sous sa garde François Hervé, garde territorial, lequel il avait désarmé le 28 Thermidor, audit bourg d'Aubin, étant lors accompagné de quatre autres brigands. Ceux-ci ayant paru subitement ledit jour vingt huit Thermidor, désarmèrent les citoyens François Hervé, Jan Brizard fils, Julien Jambu agent et Pierre Jambu adjoint, ainsi que Julien Sinoir, garde champêtre. Les rebelles pour faire illusion se dirent gardes territoriaux envoyés par le cit. Juin commandant de la place de Châteaubriant pour faire ledit désarmement; ils étaient même décorés de cocardes tricolores : aussi eurent-ils aucune peine à faire leurs opérations contre-révolutionnaires parce qu'effectivement on les croyait gardes-territoriaux, d'autant qu'ils ne tenaient que des propos républicains et appelaient tout le monde citoyen. Ce même jour, premier fructidor, les brigands ayant l'espoir de faire la même illusion au bourg d'Aubin, y ont seulement envoyé un d'eux qui s'est dit du nom de Barthélémy Leimy, originaire de la commune de Lesmeliaux, ci-devant district de Ponthivy. Il semblait avoir toute confiance ayant surtout en sa garde François Hervé. Mais qu'est-il arrivé ? Celui-ci a donné avis à la femme Jambu, femme de l'agent,qu'il était parmi des coquins qui l'avaient capturé par violence et lesquels il importait de faire disparaître de sur le sol de la République parce qu'ils avaient volé quelques jours auparavant les c-ens Roul de Launay et Mathurin Denieul de la Hatais, dite commune d' Aubin.
L'avis ne fut pas plutôt donné par la c-enne Jambu à nous Victorien Augeard, juge de paix du canton de Sion à la résidence dudit bourg d'Aubin qu'aussitôt deux individus de bonne volonté sur les quels on pouvait compter furent commandés pour aider à capturer le brigand venu(s) avec trop de confiance audit bourg avec François Hervé. Ce fut même ce dernier qui le jetta par terre et le désarma; il fut bientôt secondé surtout par nous par ce que différents particuliers autres que ceux de Saint Aubin refusèrent aide et secours audit Hervé.
Le brigand capturé fut interrogé par nous juge de paix soussigné. Après tous les interrogatoires, il dit particulièrement qu'il était déserteur mais néanmoins agir comme espion du général Rouland de Rennes; il ajouta en adressant la parole à Hervé : puisque tu viens de prendre ta revanche en me désarmant, je t'engage à faire prendre les deux coquins que nous avons laissés à la Goustière avec trois fusils.
L'avis du brigand fut mis à profit; aussitôt on écrivit au c-en Milard, cdt de la gendarmerie à Châteaubriant, auquel led. brigand fut envoyé. Celui-ci ayant été rencontré au Bois Hamon sous l'escorte de quatre habitants dudit bourg d'Aubin paya sur le champ le tribut à la nature : il fut fusillé.
???????? d'observation que pendant qu'on conduisait le brigand à Châteaubriant, il dit à ses conducteurs : "Menez-moi à Candé, je connais la route; j'étais au Loroux Béconnais, il y a cinq semaines à cinq lieues d'Angers. Je voulais me faire recevoir parmi les mécontents et que là deux prêtres me firent refuser parce que je n'avais point de papiers pour prouver qui j'étais. Ces propos ont été rapportés par Julien Sinoir, garde champêtre.
Augeard (ADLA - L 335)
AUGEARD Victorien
notaire procureur et avoué à Châteaubriant, demeurant près de la place de la Liberté, épouse le 27 Frimaire an IV (18.12.1795) à Saint-Aubin, Charlotte Julienne Renée JAMBU, de la paroisse de Saint-Aubin, fille de Jacques, notaire, et de Julienne Dousset. Il est fils de feu Nicolas et d'Anne Gautron.
(Réf.: Reg. par. de Saint-Aubin)
Lettre de Taillandier au Commissaire près l'administration centrale,
"Sion, le 2 Fructidor an VII (19 Août 1799)
Citoyen commissaire,
Je vous avais instruit du désarmement qui avait eu lieu à Aubin des Châteaux le 28 du mois dernier et de l'enlèvement que les Brigands avaient fait d'un ancien garde territorial. Ce jeune homme en a fait détruire trois; voici la manière dont il s'y est pris.
Il dit à l'un de ces brigands qu'il avait besoin de linge et parvint à l'emmener avec lui au bourg d'Aubin des Châteaux lui disant encore qu'ils avaient oublié à désarmer Jambu. Rendu au bourg, ils entrèrent dans un cabaret où il y avait plusieurs personnes; le jeune homme fit prévenir le juge de paix; enfin on s'assembla et il mit le premier la main au col(l)et de ce brigand il fut lié et sur le champ on s'achemina pour le conduire à Châteaubriant; quatre hommes le menèrent jusqu'à un quart de lieue près de Châteaubriand où ils rencontrèrent de la troupe qui avait été prévenue, qui se saisit du brigand qui fut fusillé. Le jeune garde territorial qui savait que deux autres des brigands étaient à la Goustière y conduisit la troupe qui se saisit encore de ces deux scélérats qui furent fusillés. On est à la recherche des deux autres, car il n'y avait que cinq étrangers qui avaient déjà levé avec eux par force cinq jeunes gens du pays, mais voilà le noyau détruit et dans ce païs ci les jeunes gens sont rentrés chés eux. Depuis cet événement, les gens des campagnes paroissent plus énergiques et s'ils étaient appuyé(s) par un peu de troupe, ils se défendraient contre les voleurs et les brigands.
Salut et respect, Taillandier" (ADLA - L 335)