UN POETE A SAINT AUBIN
Entre Louisfert et Saint-Aubin-des Châteaux
Entre Louisfert et Saint-Aubin-des-Châteaux,
Il y a un ruisseau qu'on nomme le Néant.
On le traverse à pied sec,
Les yeux secs également.
Et l'on marche pressé dans cette nuit soudaine
Qui bave sur les bords,
Qui fait mal aux pommiers,
Vers un village épais comme un fond de citerne,
Juste sous la gouttière de l'éternité.
Ah! que le vin est bon quand l'amitié propose,
Qu'il est doux d'écouter et de humer le vent
Quand l'ami parle de canards qui se posent
Là-bas très loin à la surface des étangs
Et comme malgré soi on pense au Téméraire
Qu'on trouva un matin dévoré par les loups
Sur un étang gelé, tandis que la lumière
D'un plafond gris et blanc tombe sur nos genoux.
René-Guy CADOU
(Hélène ou le règne végétal. éd. Seghers)
Originaire de Sainte-Reine (44), avant d'être instituteur à Louisfert, R.G. Cadou enseigna quelques mois à l'école publique de Saint-Aubin.
Il composa quelques-uns de ses poèmes en parcourant les chemins et les bois des alentours ...
Bien que mon propos n'était pas d'évoquer le passé proche, il m'a paru intéressant de reproduire cette poésie parce que les noms de Saint-Aubin et de Louisfert y sont associés et qu'il s'en dégage une impression forte, à la fois sinistre et généreuse !