Un Aubinois au pays des IROQUOIS

Un Canadien, Marcel FOURNIER, a consacré une notice à un abbé VINAL, qui, selon lui, serait originaire de Saint-Aubin-des-Châteaux (L.A.). Dans son dictionnaire biographique des Bretons en Nouvelle France, il écrit à son sujet :

" N° 1016. VIGNAL Guillaume, né vers 1604 dans le village de Saint-Aubin-des-Châteaux (L.A.), ordonné prêtre sulpicien vers 1628, il arriva en Nouvelle France le 13.09.1648; chapelain chez les ursulines de QUEBEC juqu'en 1658, il passe en France pour deux ans. De retour en 1659, il réside dans la région de Montréal. Le 27 Octobre 1661, il est tué par les Iroquois à Laprairie."

Comme référence, l'auteur indique notamment les registres paroissiaux de Saint-Aubin, indications identiques à celles de M. de Berranger (A.D.L.A.). Cependant, rien dans les documents cités ne permet d'affirmer que cet abbé est bien originaire de Saint-Aubin.

Malgré l'envoi de deux correspondances à M. Fournier, je n'ai pu obtenir de réponse confirmative, ni même de réponse tout court !

On peut, en effet, se demander si la notice en question rapporte exactement les faits signalés. De nombreux autres auteurs font naître l'abbé VIGNAL dans le diocèse de Périgueux. Toutefois, la naissance à Saint-Aubin n'est pas invraisemblable : il existait dans cette paroisse et à l'époque indiquée des familles VlGNAL.

Je pense donc que la notice de M. FOURNIER a sa place dans cet ouvrage et qu'il est bon de relever ce qui a été écrit par ailleurs à ce sujet.

D'après différents auteurs, voici ce qu'a été l'abbé VIGNAL : il serait venu au Canada dès 1641 comme prêtre séculier pour desservir des missions dans le golfe du Saint-Laurent (O.Mourault) ... Recevant des Ursulines une rétribution annuelle de 100 #, il se consacra à diverses tâches en faveur de la communauté , faisant entre autres choses défricher leur métairie de Saint-Joseph. En 1653, il reçut de Louis d'Ailleboust un arpent de terre dont il fit donation aux Ursulines le 04.10.1655 "étant sur le point de s'embarquer pour la France ", voyage dont il revint dès 1656. Lors d'une visite de la côte de Beaupré par Louis d'Ailleboust alors gouverneur intérimaire, Vignal l'accompagna et bénit le 13.03.1658 la place de l'église du Petit Cap (future église de Sainte Anne de Beaupré), le gouverneur posant la première pierre. Suivant les conseils de M.de QUEYLUS, l'abbé Vignal décida de s'enrôler dans la compagnie des prêtres de Saint-Sulpice, ce qui l'obligea à repasser en France en cette même année. Il revint au Canada en compagnie du sulpicien Jacques LE MAISTRE le 07.09.1659 pour s'établir à Ville Marie. Après l'assassinat de LE MAISTRE en Août 1661, il le remplaça à l'économat du séminaire de Saint-Sulpice ... Pressé d'achever le séminaire alors en construction, il s'était transporté le 25.10.1661 avec un groupe d'ouvriers à l'île à la Pierre pour y ramasser les matériaux nécessaires lorsqu'une bande d'Iroquois les y surprirent. Dans la mêlée qui suivit l'attaque, Vignal fut gravement blessé, capturé et emmené par les Indiens avec trois prisonniers : un nommé DUFRESNE, le colon René CUILLERIER et Claude de BRIGEAC. Ayant jugé VIGNAL trop atteint, les Iroquois l'avaient achevé deux jours plus tard près du Cap de la Madeleine. Après l'avoir scalpé, ils auraient rôti et mangé sa chair. A la lumière des documents de l'époque, on devine chez VIGNAL un caractère brave, dévoué, rempli d'humilité; VIGNAL sembla parfois manquer de prudence et de prévoyance ... Les Ursulines l'avaient beaucoup estimé et avaient vivement regretté son départ (Olga Jurgens).

Réf. Dictionnaire biographique du Canada,Tome 1, qui se réfère à six sources distinctes.

J'ai cherché à en savoir un peu plus, mais je n'ai trouvé, pour l'instant, que les lignes suivantes :

"Lorsqu'à l'âge de 28 ans, Claude BRIGEAC arrive à Montréal, pour faire une nouvelle vie, il se déclare grenadier, c'est à dire soldat d'élite et gentilhomme. Nous sommes en 1659. CHOMEDEY de Maisonneuve l'engage comme soldat dans sa garnison et l'attache à sa personne comme secrétaire, car il a une " jolie plume". En octobre 1661, il est désigné pour protéger l'abbé VIGNAL et une douzaine d'hommes de corvée qui vont chercher des pierres dans une île voisine de Sainte-Hélène. A peine débarquée, la troupe est surprise par 35 Iroquois qui surgissent des buissons à quelques pas. BRIGEAC fait front, tue le chef ennemi mais finit par plier sous le nombre. Il est capturé en compagnie de deux ouvriers René CUILLERIER et DUFRESNE. L'abbé VIGNAL est mort. DUFRESNE est donné aux Agniers qui le gardent plusieurs mois en esclavage avant de le revendre aux Français. CUILLERIER est aussi esclave mais sera bientôt adopté. BRIGEAC est torturé durant deux horribles journées devant ses compagnons, puis il est mangé. "

(" Quand l'Amérique s'appelait Nouvelle France", de J.M. SOYEZ, éditeur Fayard)

Références de M.Fournier

- Dictionnaire du clergé canadien - Allaire, vol.1
- Dictionnaire biographique du Canada, vol.1
- Passagers de Saint-André (1659)