Le rôle des prêtres dans la paroisse

Le recteur est un personnage. En dehors de l'aspect religieux de sa fonction, ( offices religieux, baptêmes, mariages, sépultures) son rôle l'amène à participer à la vie de ses paroissiens. C'est l'intermédiaire entre eux et le seigneur du lieu.

Au "prosne", il annonce non seulement les événements propres au culte, mais aussi ceux qui se rapportent à l'administration paroissiale et à la justice seigneuriale. Ainsi, le premier Juin 1790, le sénéchal adresse au procureur fiscal quatre moratoires qui devront être publiés dans les paroisses de Louisfert, Saint-Jean de Béré, Saint-Vincent-des-Landes et Saint-Aubin " pour avoir révélation sur le fait de genre de mort de Louis Hougron et notamment sur le fait de savoir si le mercredy 26.11.1788 dans la nuit il a esté frappé et maltraité et par qui, en revenant du marché de Châteaubriant dans le chemin qui conduit au Boisverd et aux environs ". De même, le 17.06.1784, le recteur annonce au prône une adjudication pour la fille de feu François Martin et d'Etiennette Blais. Il s'agit de prendre à bail le bien de cet enfant mineur(voir partie lI, p.106)

Les prêtres sont nombreux. Monsieur l'abbé Deniau écrit " Missire L'Aubier eut dix-sept vicaires. Beaucoup sont originaires de la paroisse ou des paroisses environnantes. Quelques-uns vivent dans leur famille ou sont titulaires d'une chapellenie. Certains sont chargés de faire le catéchisme." Ainsi, nous trouvons dans le compte-rendu des visites pastorales de l'abbé Laubier du six Septembre 1675 : " Monsieur BOCE (sic) fera pendant l'hyver le catéchisme à la première messe ". D'autres font de l'enseignement. Ce qui a probablement contribué à l'ascension sociale de certaines familles.

Le clergé a la responsabilité de la tenue des registres paroissiaux. Malheureusement tous ne nous sont pas parvenus pour différentes raisons. Un recteur de l'époque avoue, il est vrai ailleurs qu'à Saint-Aubin : " C'estoit à la presse des confessions et n'ayant pu escrire cecy qu'après ce temps je n'ay peu ( =pu) me souvenir de luy lors que j'écrivais les précédentes sur son rang ". Les actes étaient rédigés souvent sur des feuilles volantes puis retranscrits ultérieurement, mais pas toujours, sur les registres appropriés. Parfois la tâche des prêtres fut compliquée par les situations tragiques de certains moments : les guerres, les épidémies. On verra dans Alain Croix, la Bretagne aux XVI° et XVII° siècles une excellente étude sur le sujet.

Certains événements sont manifestés dans les registres paroissiaux, par exemple la bénédiction des cloches. Ainsi, le 12 Juin 1657 une cloche est baptisée sous le haut parrainage de Messire Hyacinte de Tyery (sic). La marraine est damoiselle Renée Privé, dame de la Rouaudière. De nombreux prêtres sont présents. Une cérémonie analogue a lieu le 24 Octobre 1727. La cloche est nommée Renée Françoise Anne Louise par Messire René François de Thierry, chevalier, seigneur du Plessis-Prévalays, le Plessis au Chat, Saint-Aubin, Louisfer, le Boisver, Saint-Laurant, la Coquerie, Ferrière et autres lieux. La marraine est dame Anne Louise de l'Escu, espouse d'écuyer Charles René du Hamel, seigneur de la Bothelière, du Val et autres lieux. En 1740, Jacques Roland d'Onfroy est parrain d'une cloche nommée Louise. En 1754, une nouvelle est mise en place, parrainée par le Marquis de Fougeray, Charles Loquet de Granville.

Une importante manifestation de la vie paroissiale est celle des Rogations qui fait parcourir aux participants un grand trajet à travers la campagne. Nous trouvons ainsi une pièce produite en 1719 où est mentionné " un chemin faisant la séparation des paroisses de Saint-Aubin et Saint-Jean de Béré, lequel est le chemin mortuaire et c'est par lui qu'aux festes des Rogations le recteur de Saint-Aubin est accoutumé de conduire le peuple en procession. " ( Halgouet). Le bulletin paroissial du 15 Mai 1966 montre qu'à un époque récente, le circuit avait beaucoup changé, mais le " peuple " parcourait encore, le deuxième jour, neuf kilomètres. En 1686, le recteur conviait ses paroissiens à une mission qui avait lieu le dimanche de l'Epiphanie à Saint-Jean de Béré, à l'occasion du transfert de reliques. Le nombre de fidèles venus des paroisses environnantes fut évalué à 20.000 (Marcel Buffé). Les reliques avaient été rapportées par le curé de Saint-Yves des Bretons à Rome, un abbé Luette de la Pilorgerie.

Un des prêtres de Saint-Aubin avait, lui aussi, en 1666, fait un pèlerinage à Rome : Missire Robert Hougron. L'abbé Guibert, curé de la paroisse de 1902 à 1909, avait retrouvé des lettres testimoniales qui lui servirent de " celebret ". Le " vélin usagé témoignait du long et lointain voyage " ( Deniau ).

Les recteurs sont aussi chargés de distribuer les secours aux pauvres, parfois nombreux du fait des famines, des épidémies, de la peste qui sévit encore au XVII° siècle. Toutefois, à part l'hiver de 1709, aucun de ces événements, pourtant notables n'est signalé dans les registres de la paroisse. Il faut dans ce cas, faire appel à d'autres documents. Voir les remboursements d'avances faites par M. Le Métayer pour des secours, texte figurant dans les Archives départementales d'Ille-et-Vilaine. Y sont mentionnés aussi les paiements d'honoraires à un chirurgien, nommé Poulain, de passage à Saint-Aubin et dans la région à cause des épidémies ( A.D.I.&V. C 1394, années 1777-1787).