La Chatellenie
Les plus anciens documents qui la mentionne datent du XII° siècle. Une donation de dîmes en Saint-Aubin par Bonabes de Rougé, seigneur de Rougé, eut lieu en 1183, au profit des moines de la Meilleray, " le jour qu'on fit la dédicace de l'église de ce monastère ".
Faisant partie en 1420 de la baronnie de la Roche-Bernard, la chatellenie de Saint-Aubin relevait alors directement de Duc de Bretagne, mais lorsqu'elle eut été distraite de cette baronnie, elle fut placée sous la mouvance de la Roche-en-Nort et releva de cette dernière seigneurie jusqu'à la Révolution (AD.I.V. C 1819 et Guillotin de Corson).
Chatellenie d'ancienneté, elle jouissait de la basse, moyenne et haute justice, s'exerçant au bourg même de Saint-Aubin.
Le domaine proche se composait du manoir du Plessis avec chênaie, bois, taillis, prairies et métairies, de deux moulins sur la rivière de la Chère, l'un à blé, l'autre à draps, d'un autre moulin à draps à la Chapelle et d'un quatrième moulin à vent sur les landes de Louisfert, d'une pescherie à prendre anguilles sur ladite rivière de la Chère et de quelques dimes peu considérables (Guillotin de Corson, déclaration de Saint-Aubin en 1420)
Lorsque la chatellenie fut vendue en 1609 par Pierre de Rohan à Julien THIERRY, elle était évaluée à 22.600 livres tournois. Elle se composait toujours de la maison seigneuriale du Plessis avec bois de haute futaie et métairie, des moulins à eau du bourg et de la Chapelle, du moulin à vent du champ-Rougeron (compris dans la ferme du moulin de Saint-Aubin), de fiefs groupés en trois bailliages: Saint-Aubin, La Rivière en Saint-Aubin, la Rivière en Louisfert, des haute, basse et moyenne justices.
Vers la fin du XVII° siècle, le domaine propre rapporte 55 boisseaux de blé, 25 d'avoine, 25 de blé noir, 380 livres pour le moulin de Saint-Aubin. Le fief est estimé à 74 livres 19 sols 6 deniers en argent, 844 boisseaux 1/4 d'avoine, 10 chapons, 149 poules et ... une paire de gants blancs. A cela s'ajoutent les produits du greffe, du casuel, des droits de quintaine, de la ferme des offices, etc.
En 1681, le bailliage de Saint-Aubin comporte 49 fiefs et tenues rapportant :
- 43 livres, 7 sols, 6 deniers maille monnoye de rente (1 livre = 20 sols;
1 sol = 12 deniers)
- une paire de gants blancs,
- 499 boisseaux 3/4 d'avoine menue, mesure comble de Châteaubriant
(boisseau de Châteaubriant = 90 litres environ selon Racineux), 16
chapons et 78 poules.
Celui de la Rivière en Saint-Aubin se compose de 10 tenues et fiefs rapportant:
- 11 livres, 15 sols, 11 deniers monnoye
- 208 boisseaux d'avoine, 44 poules.
Celui de la Rivière en Louisfert se compose de 15 tenues et fiefs rapportant :
- 19 livres, 16 sols, 9 deniers monnoie, "compris deux biens de beuf à
5 sols chacun"
- 136 boisseaux 1/2 d'avoine, 27 poules
Nous savons qu'en 1689, la métairie de la Porte rapporte au seigneur 25 boisseaux de blé et seigle, 25 d'avoine, 25 de blé noir; le moulin à eau de Saint-Aubin est affermé 380 livres; quant à celui de la Chapelle, il est ruiné depuis plusieurs années par l'inondation de l'étang de la Hunaudière.
En 1725, le revenu des rentes seigneuriales n'a pas changé pour le grand bailliage, il est toujours de 43 L. 7 s. 6 d., 499 boisseaux d'avoine menue, 10 chapons, 78 poules et ... une paire de gants blancs! (Halgouet)
Un acte de partage du 28 Décembre 1787 mentionne que la terre du Plessis-Prévalays en Saint-Aubin et Louisfert et paroisses avoisinantes, évêché de Nantes, avec haute, moyenne et basse justice comprenant château, bois, rentes féodales, pêches, moulins, etc. est estimée 179.949 livres et le Plessis-au-Chat seulement à la somme de 112.284 livres.
Les droits du seigneur sont très divers : en plus de la justice, ce sont la création d'officiers, le droit de sceau, d'inventaire et vente, les pourvoyances de mineurs, les successions de batards, les déshérences, les épaves, gallois, les droits de moulins où les sujets estagers sont tenus d'aller moudre leurs grains, le droit de quintaine sur les hommes mariés dans l'année, droit de coutume, droit de corvée ...
François de Bourbon, comte de Vendôme, donne acte de ses droits de coutume valant par an 26 s. 8 d., dans un minu de la chatellenie de Saint-Aubin daté du 23 Avril 1486. (Halgouet).
Tous ces droits, les sujets du seigneur devaient les reconnaître lorsqu'ils acquéraient un bien par achat ou par héritage. Cette reconnaissance portait le nom d'aveu. Voici un exemple d'un tel acte : " L'an mil sept cent soixante, le seizième jour du mois de Juin avant midi, devant nous notaires soussignés de la juridiction et châtellenie de Saint Aubin des Châteaux, avec soumission à celles ci, a personnellement comparu honorable homme Pierre ROUL, laboureur, demeurant au village de Rougeran paroisse de Saint Vincent des Landes, évêché de Nantes, en privé nom et comme mari et procureur de droit d'honorable Jacquette Chaplais, lequel est en ces dites qualités connaissant et confessant et par le présent reconnaît et avoue être personne sujet estager et non domicilié de haut et puissant seigneur Messire Augustin Dufresne, chevalier seigneur de Virel, la châtellenie de Saint Aubin des Châteaux, Louisfert et autres lieux, conseiller au Parlement de Bretagne, et de son dit seigneur tenir et relever prochement et roturièrement, à devoir de rentes seigneuriales, obéissances et à devoir de rachat quand le cas y échoit sur parties des héritages ci-après employés et sises et situés tant aux villages de la Poblais et aux environs qu'à ceux du Boislouel et de la Baratrie et aux environs de ceux-ci, dans les fiefs et masures de la Poblais, fiefs de la Borgnerie, Chénardais et Le Bois-Louel, fief Poirier de la Chapelle, fief de la Cotinais et dans celui de la Baratrie, les tous en ladite paroisse de Saint Aubin des Châteaux dépendant du rôle du grand balliage de cette dite châtellenie de Saint-Aubin, les héritages ci-après..."
Après la description des terres et des "débornements", vient la formule finale :
" Reconnaît outre ledit avouant qu'il appartient à son dit seigneur dans toute l'étendue de sa châtellenie de Saint Aubin des Châteaux et sur tous les hommes sujets et détenteurs de celle-ci, droit de haute, moyenne et basse justice, création d'officiers, ... " et la suite comme ci-dessus.
Lorque le seigneur de Saint-Aubin devint seigneur de la Ferrière, il acquit les droits de la poterie des Landelles à Louisfert ...
" Chacun homme ayant roué à faire potz aud(it) villaige doit pour chacune roue par chacun an à chacune feste de Pentecoste le nombre de six deniers monnoie de rente " Halgouet - P.V. de prise de possession en 1727)
Le seigneur de Saint-Aubin a rang de suzerain et reçoit les aveux de quelques vassaux (maisons nobles, manoirs). Ces petits seigneurs lui doivent le service d'ost ou assistance militaire et parfois des redevances très curieuses comme cette paire de gants blancs citée plus haut (redevance de la terre noble du Bois vert, dit l'abbé Deniau).
Parmi les personnes qui relèvent du seigneur de Saint-Aubin figurent en 1689, haut et puissant François, sire de Crequy, maréchal de France et seigneur de la chatellenie de Domnesche et du marquisat de Fougeray, comme adjudicataire du moulin dubert sur la Chère, François de Chamballan pour quatre fiefs et le moulin de Beauchesne, noble homme François Doutremer, sieur du Boisbriand pour le moulin à vent de la Morinais et les fiefs du Boisbriand en Saint-Aubin, le prieur de Moisdon, pour la dime d'un prieuré en Louisfert, le recteur de Louisfert, pour son presbytère et son pourpris ... (Halgouet)
En 1580, sont cités comme vassaux dans une déclaration : noble et puissant Louis d'Assigné, seigneur de Domnaische(moulin d'Hubert) le prieur de Briangaud, pour une dîme sur Saint-Aubin, le prieur de Moydon, le recteur de Louisfert. En 1609, ce sont Philippe de Montouer, seigneur de Boisbriant; Pierre Bonnier, seigneur de la Cocquerye, président au Parlement de Bretagne; les héritiers de n.h. François du Celier, seigneur de la Souchaie; n.h. Jacques Privé, seigneur des Bignons; n.h. Jean Morel, seigneur de la Rabière; n.h. Jacques des Mesliers, sieur du Boisvert; Etienne Peslerbe, sieur de la Vellays; Bertrand Peslerbe, sieur du Boismen; Jean Bonny de la Morinays... En 1681, parmi les vassaux, figurent Nicolas du Celier, sieur de la Souchaye, cause-ayant de feu n.h. Guillaume Colin, sieur de la Biochais; n.h. Michel Hurel, sieur de Basaunaye (?), Raoul Peslerbe; Louis Legrand, sieur de la Courtays; n.h. Jan Haycault, sieur du Vaurobert; écuyer René de Buris sieur des Granges, père et garde des enfants de lui et de feu Anne Peslerbe; Jeanne Le Tripier, veuve de n.h. Louis Peslerbe, sieur de la Trionnaye; Madeleine de Moucheron; François Brossays, sieur du Perray; Jean Denieul du Sauzay; Pierre Bretaigne; Jean Bonnier, ...
En 1707, se présentent comme nouveaux sujets : Bertrand Jambu, sieur de la Mouesserie, n. et discret Messire Bertrand Bonnier, tuteur des enfants de feu François Bonnier et de Julienne Jambu; n.h. Pierre Lonome et Renée de Bury, Marie Pelerbe, fille de feu n.h. Pelerbe ... (Halgouet)
Nous connaissons mal l'état des domaines de ces vassaux. Toutefois, l'un d'eux, celui du Boisvert, est décrit dans des circonstances malheureusement fâcheuses, en 1583, par Jean Charete, sieur de la Bretonnière, conseiller du Roy, alloué et lieutenant général à Nantes (A.C. Nantes - Il 109). Voici quelques-unes de ses remarques qui montrent l'importance de la propriété :
" Nous avons vu le pont étant près le portal (sic) ... tout rompu et dégarni ... il est impossible d'y passer à cheval et ce qui reste de poutres et de madriers sont vieux et pourris, n'étant cousus ni attachés d'aucuns clous ni autre chose ... la grande porte est pareillement fort rompue.. la petite porte de ce portal n'a aucuns gonds. Entrant dans la salle y avons trouvé une faillie table ferrée n'ayant toutefois aucune fonçure...il y a dans ladite salle, dans la cheminée ... des planches de soubassements de coffres qui sont à demi brulés ... en la cuisine avons trouvé, etc ... De là sommes entrés en une dépendance et deux celliers étant au côté de ladite salle ... au-dessus des celliers, y a une faillie chambre dans laquelle n'avons trouvé aucuns meubles ... Avons monté en haut dudit logis et à l'entrée du vir de celui-ci avons trouvé la porte rompue et entrant dans la première chambre, y avons trouvé des lopins et pièces de deux vieux charlits ... En la seconde et grande chambre au-dessus de la salle...y a pareillement quelques pièces d'un vieux charlit, ... en la petite chambre étant au côté de ladite grande chambre, y a etc... Et au haut étaige dudit logis avons entré en une autre chambre (dont) les fenêtres... ont été prises et emportées. Et est tout ledit corps de logis fort indigent de réparation ... les murailles de (celui-ci) couleuvrées et entrouvertes en plusieurs endroits et toutes les cheminées effondrées par derrière et les manteaux de cheminées tant de la salle que de la cuisine rompus, etc.
Sont en divers lieux rompus, même parties des écussons et armoiries qui y étaient dont il appert encore quelques lopins... tout un pan de muraille tombé...le pont ... pour entrer dans le bois totalement ruiné ... ces étables tant rateliers que mangeoires et la couverture fort gatée et ruineuse ... la boulangerie ... (I')étable à vaches... Avons vu un endroit de la courtine de murailles ... vers la rivière tombé en deux lieux ... une porte appelée poterne sur la rivière rompue à moitié... "
et Jean Charete note encore une autre étable totalement ruinée, une "prée", une vigne, un bois de haute futaie, des terres ...
Autre domaine important, celui de la Coquerie :
La Coquerie est très éloignée du bourg de Saint-Aubin et proche de Châteaubriant. En raison de cet éloignement, les possesseurs de ce domaine avait leur chapelle, qui est dédiée à Sainte-Anne. Dans les Annales de Nantes et du Pays Nantais, Louis Goillandeau a dessiné le château qui ne ressemble plus, probablement, au manoir primitif. Il est toujours entouré de bois.
Pour gérer ses affaires, le seigneur avait besoin de "officiers". Les officiers de la seigneurie comprenaient des notaires, un procureur fiscal, un prévôt, un sénéchal, des sergents de bailliage. La justice est rendue, au nom du seigneur, dans l'auditoire, par le sénéchal. Le procureur fiscal siège au banc de l'accusation.Un greffier rédige les actes. Des sergents et huissiers sont chargés de signifier et de faire exécuter les décisons prises. Anciennement, la seigneurie disposait d'un sénéchal qui lui était propre. Ainsi, en 1657, c'est Louis Peslerbe qui remplit cette fonction, en 1681, Yves Haicault; en 1717, René Gobbé; en 1724, Jean de Langle. Plus tard, le chatelain fait appel au sénéchal de la Baronnie. On voit successivement, Henri Maujouan du Gasset, puis en 1769, François Bernard de la Tertrais; en 1790, Jean Ernoul de la Provôté. Un officier seigneurial reste en contact permanent avec les sujets du domaine: le procureur fiscal. Ce personnage prend de l'importance car il est mêlé à toutes sortes d'événements. A Saint-Aubin, en 1773, le procureur fiscal est Jacques Jambu, que l'on voit apposer les scellés lors des décès, mettre en branle la justice lorsqu'éclate un différend ou que un vol ou un crime est découvert, veiller au respect des bonnes moeurs, signaler au sénéchal le mauvais état des chemins, signer les décrets de mariage des mineurs, provoquer les démarches nécessaires à l'agrément des notaires et des sergents auprès du seigneur, ou simplement remplacer le greffier ordinaire de la châtellenie. Quelques documents inventoriés plus loin montrent bien l'étendue de ses compétences. Autres procureurs fiscaux connus : en 1681, François Arondel; en 1688, Mathurin Boysard, en 1735, René Bousget (nom orthographié Borget, Bousquet, Boucher et Bouget, à tort), en 1725, Raoul Jambu. La Coquerie a aussi son procureur fiscal; en 1596, Urbain Oultremer avec Maitre Jan Caquin, sénéchal.
Il y a aussi des sergents rentiers institués chaque année à l'office de sergentise pour l'encaissement des sommes dues au seigneur. En 1737, Bertrand Gasnier est sergent rentier. Un homonyme ou un parent avait déjà occupé un emploi semblable en 1686 pour percevoir les dîmes dues aux religieux de Pirmil, de la Röe et de la Trinité de Châteaubriant (Deniau). Dans une affaire de vol, à propos de l'enquête menée à cette occasion, est présente comme témoin, Marie Gautier, femme de François Pesché, sergent de la juridiction de Saint-Aubin, le 24 Septembre 1774. Son fils René est reçu sergent et garde des bois, domaines et fiefs du seigneur le 26 Juillet 1786. En 1783, le 28 Avril, c'était René Jambu qui était reçu sergent et garde " en l'étendue " de la châtellenie de Saint-Aubin.
Cette famille Jambu se signale particulièrement au cours de la seconde moitié du XVIII° siècle dans les divers offices seigneuriaux. Ils occupent, l'un la charge de sergent, l'autre celle de procureur fiscal, de greffier ou de notaire. On les retrouvera, eux ou leurs descendants, pendant la Révolution et après, à des postes importants dans toute la région castelbriantaise.
La prise de possession du greffe avait lieu " pour six ans moyennant 85 Livres par an, avec la liberté de résilier dans un ou deux ans, à condition de faire les affaires de la seigneurie sans vacation lors et à l'exception des déboursés qui seront rendus" (21.05.1771 - Halgouet)
En ce qui concerne les terres et en dehors du domaine proche qui était exploité par des métayers, le domaine du seigneur se constituait de la " mouvance " et des " communs ".
La mouvance, c'était l'ensemble des terres concédées à titre personnel à des tenanciers en échange de prestations qui représentaient, comme on l'a vu précédemment, une partie des revenus du chatelain. La vente de ces terres entrainait une redevance au profit du titulaire du fief. La mouvance était divisée en bailliages, les bailliages en fiefs, les fiefs en tenures (ou tenues). L'abbé Deniau dénombre quatre bailliages : celui du Bourg, celui de l'Aulnaie de Vittate, celui de Briangault et celui de la Rivière en Louisfert.(Quelques pages d'Histoire). Il note quelques tenues: la Daviais, la Mulotière, la Morinaye et Bois Garnier, la Bouruaye, le Fouittay, La Chesnaye, l'Evrinaye, dont les noms des tenanciers sont, en partie connus depuis 1576. (Petit Messager)
Pour fixer les redevances féodales, les terres étaient " cordellées " et arpentées. Il reste des traces de ces " débornements " dans les aveux . Ainsi, d'après un acte de l'espèce en date du 16 Juin 1770, on voit que :
" sur lequel dit fief de la Baratrie est aussi dû de rentes par chacun an audit terme d'angevine dix huit sols trois deniers mon noie et trois poulets pour la totalité dudit Fief, consortement avec honorables gens Pierre Bioret, Jean Bioret, Jean Vallin, la veuve et enfants de Christophe Hupel, les enfants de Julien Frangeul, Michel Cadiot et femme, François Gicquel, la veuve et les enfants d'Aubin Peslerbe, François Renodinos et femme, Ollivier Poulain, Marie Narbonne veuve de François Hougron et autres.
Le débornement duquel dit fief se prend et commence à la pièce du clos de la lande appartenant à Louis Camus et autres, passant ensuite entre les pièces des nuits de François Gicquel compris au présent, prenant les pièces des Cholières et les Sochais, les Gautrais des Frangeul et de Louis Camus, prenant aussi les pièces des Torches, le champ Davy et les prés des grandes chaintres et la pièce de la Riaude, montant ensuite par le pasty de la Baratrie par le chemin de la Riaude conduisant aux landes de Briangaud jusqu'au haut des Bignons, détourne ensuite vers midi par le chemin d'entre les clos rendant aux landes de Brillangaud, traversant ladite lande par le chemin qui conduit de la Baratrie à Nozay jusqu'au chemin de la Garnelière (?), revenant vers midi par ledit chemin dernier rendre à la fontaine des Bignons, suivant ensuite le ruisseau qui conduit auxdites pièces du clos de la lande où a commencé et finit le présent débornement ".
D'après cette sorte de relevé cadastral, une répartition des redevances féodales était effectuée par le général de paroisse, ce qui était appelé "égail" et, en cas de réclamation et de rectification, régail. Les différents fiefs sont entremêlés. Les paroissiens relèvent souvent, de ce fait, de plusieurs seigneuries... L'abbé Deniau rapporte par exemple une vente du 4 Avril 1724 par Jean Ronceray, des Grées, qui cède 5 lopins de terre. Les droits de vente s' élèvent à :
- pour la seigneurie de Saint-Aubin, 64 livres,
- pour la seigneurie de Chamballan, 30 livres,
- pour la seigneurie de Beauregard, 1 livre.
Quant aux notaires, ils se réservent 17 livres de denier à Dieu.
Les tenanciers d'un fief disposaient ensemble des "communs", terres non cultivées. Il y aurait eu, à une certaine époque jusqu'à deux mille hectares de landes ainsi utilisées (Deniau - Quelques pages d'Histoire). Halgouet note dans un rôle rentier du XVII° siècle que " le fief s'étend sur beaucoup de terres en landes" (sans autre précision). Une étude a été faite par A. Pacaut, mais pour une période plus récente (Bulletin municipal de Saint-Aubin Juin 1987, N° 13).
Les charges de la population comprenaient, outre les redevances seigneuriales, les impôts dus au Roi (fouages), les dîmes au profit de l'Eglise, les corvées : charrois de pierres, de bois, ... les Aides (droits sur les boissons, cartes, tabac, cuir, papier timbré ...). Pour l'entretien des troupes, il fallait aussi participer. En 1594, Saint-Aubin dut verser 7 écus en vue de l'entretien de l'armée du duc de Mercoeur. Ruffigné avait été impôsé pour 6 écus; Rougé, pour 12; Châteaubriant et Béré, pour 192. (Buffé - Une cité dans l'Histoire).
· 1 écu d'or = 2 livres
L'abbé Deniau a donné, dans son bulletin paroissial, un texte qui se rapporte à des dépenses dites de "garnison" :
" Nous soussignés, Jean Claude Robin, Nicolas Bréhant et Jean Lebreton, cavaliers de la maréchaussée générale de Bretagne, de la brigade et résidence de Châteaubriant, y demeurant paroisse de Saint-Jean de Béré, évesché de Nantes, reconnaissent avoir reçu de Julien Prime, fabriqueur de la paroisse de Saint Aubin des Châteaux, la somme de 22 livres, 10 sols, pour moitié de la somme adjugée par Monseigneur l'intendant aux susdits cavaliers pour la garnison qui a esté pour la milice sur ladite paroisse de Saint-Aubin. De laquelle somme de 22 livres, 10 sols nous quictons ledit Prime sauf et sans préjudice de la somme de 22 livres 10 sols due sur ladite paroisse par les fabriqueurs en charge de la présente année.
A Châteaubriant, ce 21 Juin 1750 : Jean Lebreton, Claude Robin, N. Bréhanst, Fçois Prime "
Pour achever cette rubrique, voici des extraits de registres de réformation de rôles rentiers:
A la date du 4 Octobre 1660, " Réformation du rôle rentier du Bailliage de la Rivière dépendant de la juridiction, terre et châtellenie de Saint Aubin des Châteaux, auquel sont contenues les rentes tant par deniers, avoines que poulles y dues par les fiefs et mazures cy après, à laquelle réformation,le requérant le Procureur d'office de ladite juridiction, a été vaqué par nous Louis Peslerbe, avocat à la cour, sénéchal et juge ordinaire de ladite jurisdiction de Saint Aubin, ayant pour adjoint Urban de Lieuvre, greffier d'icelle, le jour et an cy après, tant sur l'inspection des anciens rôles que sur la nomination de René Nerbonne du Fouillays et Jean Hougron l'aîné, présents, qui par serment , ont promis et juré se porter fidèlement au fait de ladite réformation et ce suivant le jugement rendu ce jour en ladite jurisdiction entre ledit Procureur d'office et les sujets auxdites rentes, aux fins des assignations et ajournements à ban faits aux issues des gran'messes de la paroisse de Saint Aubin des Châteaux par trois jours de Dimanche consécutifs sans intervalles aux termes de la coutume... Vérifiés par Maître Couraud, sergent et Maître Martin Yvon et Jullien Bonnier, ses records, dont le premier desdits ajournements fut le 19 Septembre dernier " (Deniau- Petit Messager)
A la date des 28 Avril et 8 Juillet 1681 : " Aux fins d'assignations données à tous et chacun des hommes et subjets de cette dite cour y tenans terre et héritages tant en proche que arrière-fief subjets au payement des rentes tant par deniers, grains, poules, chapons, courvées, enrollés et non enrollés, beufs de bien et autres devoirs seigneuriaux, pour venir faire déclaration desdites rentes et devoirs, déclarer et débourner les terres et héritages, fiefs et mazures, à cause desquels ils doivent lesdites rentes, devoirs, et d'iceux s'enrôlIer afin de réformation desdits rôlles rentiers suivant la coutume avec intimation que faute à eux de comparoir, il sera passé outre.. Les manans et habitans du bourg de Saint Aubin tenant chez eux bestes à cornes seront tenus paier par chacune maison, lorsqu'ils y auront bestes dix ouict deniers monnoye pour le paturage des Hayes Eraud. Toutes ces rentes sont payables en deux ou trois termes aux mains du sergent commis chaque année pour faire la cueillette.."
Le registre est signé : Hyacinthe de Thierry (Halgouet).