Un grand seigneur et Jeanne d'Arc: Louis de Bourbon-Vendôme

Parlant de la chapelle des Templiers, l'abbé Deniau évoque le plus important des seigneurs de Saint-Aubin : Louis de Bourbon.
" Ainsi, écrit-il, notre chapelle eut les honneurs d'une sépulture princière ".

Mais, qui est Louis de Bourbon, seigneur de Saint-Aubin-des-Châteaux en 1424 ?

C'est le fils de Jean ler, comte de Vendôme, de la Marche et de Castres, et de sa femme Catherine de Vendôme, par conséquent un descendant de Saint-Louis et un ascendant d'Henri IV: un grand personnage !

Différents auteurs ont écrit sur les événements auxquels il a été mêlé. Deux fois prisonnier, enfermé à la tour de Londres, organisateur de l'armée de Jeanne d'Arc, libérateur de Compiègne, vainqueur de Philippe le Bon, ambassadeur de Charles VII, conspirateur contre son roi et banni, puis de nouveau ambassadeur... Autant de faits qui le signalent à notre attention. C'est pourquoi j'ai pensé que je devais lui consacrer quelques lignes. Parmi les prisonniers faits par les Anglais à Azincourt, le 25 Octobre 1415, figurent le connétable, les princes, le duc d'Orléans, les comtes de Nevers, d'Eu, de Richemont et, le comte de Vendôme Louis de Bourbon. Louis sera plusieurs années prisonnier et ne retrouvera la liberté que vers 1423, contre paiement d'une rançon considérable. Bien que grand seigneur, il sera pauvre toute sa vie, puisque sa dette ne sera pas éteinte lors de son décès. De retour en France, il se remarie, en 1424, avec Jeanne de Laval, soeur de Guy XIV, comte de Laval et sire de la Roche-Bernard. Dans la dot de sa femme figurent la seigneurie de Campzillon en Mesquer et la chatellenie de Saint-Aubin. Le temps de la guerre de cent ans est tragique et, comme celles de toutes la région, la chatellenie de Saint-Aubin doit connaître la misère ...

En 1428, Louis ne vit pas dans son château. On sait qu'il est auprès de Charles VII, puisqu'il fait partie des fidèles de Yolande d'Aragon, la belle-mère du Roi. Grand chambellan de France, c'est lui qui introduit Jeanne d'Arc dans la salle du château de Chinon le 6 Mars 1429. Il est un de ses admirateurs et s'intéressera, avec elle, à la réorganisation de l'armée en qualité de lieutenant général du Roi. A Patay, Vendôme participe à la bataille aux côtés de Richemont et d'Alençon, et combat pour la délivrance d'Orléans.

Avec Yolande d'Aragon, il est partisan de l'élan vers Reims. En 1430, à Compiègne, pendant la captivité de la Pucelle, il livre bataille à Jean de Luxembourg et reprend la ville. Philippe le Bon ne le considérait pas, puisqu'il déclarait alors ne pas accepter la bataille contre des compagnies françaises " où il n'y avait nul prince ni seigneur de grande autorité ". Il aura pourtant la charge de Senlis et sera reçu somptueusement à Arras, en Juillet 1435, puis à Paris, lors de l'entrée du Roi, le 12 Novembre 1437. Après avoir été privé de son office à la suite de la Praguerie, il fut pardonné et fit partie de la campagne de Lorraine en 1444.

Selon Hallopeau," il mourut à Tours le 21 Décembre 1446, à l'âge d'environ 70 ans. Son corps fut apporté à l'église Saint-Georges de Vendôme, fut enfermé dans le caveau qui est entre le choeur et le sanctuaire... Son coeur fut porté dans l'église cathédrale de Chartres et enterré dans la chapelle de l'Annonciation qu'il avait fait bâtir."

"Mais dans la chapelle ND, sa veuve ne put élever qu'un pauvre tombeau de bois, tant était grande la misère de ce temps, tant était lourde encore la rançon d'Azincourt, car la dette au marchand de Florence courait toujours malgré les dons du Roi et des Etats..."

"... Ce prince pieux et patriote devait nécessairement se ranger sous l'étendard de la Pucelle ... un des hommes les plus remarquables de son époque, capitaine intrépide et expérimenté, diplomate habile et heureux, administrateur désintéressé et intègre..., pauvre pendant toute la seconde moitié de sa vie, il laissa à sa veuve de lourdes dettes contractées au service de la France ... Il fut encore remarquable par de brillantes qualités morales; sa piété, son amour pour sa mère et sa douceur qui le fit considérer par la population comme un saint ... Il ne fut pas un saint, mais aucun comte ne fut plus aimé du peuple " (Hallopeau)

Il avait été marié deux fois; une première fois en 1414 avec Blanche de Roucy, fille de Hugues II, dont il n'eut pas d'enfants; une seconde fois avec Jeanne de Laval qui lui donna deux enfants Jean et Catherine. En outre, pendant sa captivité, il eut un fils de Sybille de Bostun, né vers 1420 : Jean, légitimé en 1449 par Charles VII, qui devint gouverneur en Vendômois. Ce batard eut lui-même six enfants. Vu ses occupations, il est vraisemblable que Louis de Bourbon n'a pu séjourner, éventuellement, que de brefs instants à Saint-Aubin-des-Châteaux, sauf peut-être entre 1442 et 1444, à l'époque de la Praguerie. Une question se pose : où a-t-il été inhumé ? A Vendôme, dit Hallopeau. Ce fait est confirmé par le Père Anselme, par R. de Saint Venant dans son dictionnaire du Vendômois, par l'abbé Simon, chanoine de la collégiale Saint-Georges de Vendôme, dans son Histoire de Vendôme et des environs. Malheureusement, l'église en question a été vendue et démolie en 1793. Le tombeau est donc disparu. Voici toutefois le texte de son épitaphe :

" Cy-gist hault et puissant Prince Monseigneur Louis de Bourbon, comte de Vendosme et souverain maistre de France, fils puisné unique et seul héritier de très pieux et magnanime Prince Monseigneur Jean de Bourbon, comte de Vendôsme, de la Marche, de Castres, de Ponthieu, et de très excellente dame madame Catherine de Vendosme, comtes des susdites comtées lequel Monseigneur Louis décéda le 21 Décembre l'an de grâce 1446 ".

Une autre question se pose au sujet des armes placées sur l'enfeu de la chapelle des Templiers. Nous y voyons trois fleurs de Lys, deux et un. Il ne semble pas s'agir des armes de Louis de Bourbon, qui étaient :

" Ecartelé au 1 et 4 de France à la cotice de gueules chargée de 3 lionceaux d'argent, au 2 et 3 d'argent au chef de gueules au lion d'azur, armé, couronné et lampassé d'or sur le tout ".

Son fils Jean aurait repris les armes pleines des Bourbons de la Marche : " de France ( c'est-à-dire d'azur à 3 fleurs de lis d'or à la cotice de gueules chargée de trois lionceaux d'argent ". L'enfeu de Saint-Aubin n'a donc vraisemblablement jamais contenu les restes de Louis de Vendôme, et d'ailleurs, l'abbé Deniau, lors de ses recherches, n'a rien retrouvé. Pourtant, l'abbé Paul Mercier, dans un cahier des "Amis de Guérande" écrit, au sujet d'une visite du prince Xavier de Bourbon-Parme à Mesquer, que celui-ci avait eu l'intention d'aller se recueillir sur le tombeau de ses aïeux dans une église templière du terroir castelbriantais. D'autre part, on sait que, dès 1220, une famille d'origine bretonne portait, dans son écu, les trois fleurs de lis, 2 et 1, telles qu'elles furent adoptées en 1380 par les Rois de France ( Chercheurs et Curieux - Mars 1972 - La Risoudière - Le Vieux Mortain)

Alors, pourquoi les fleurs de lis dans la chapelle des Templiers? Pour qui cet enfeu ? ...

Quelle que soit la réponse, il me paraît significatif que les habitants de Saint-Aubin-des-Châteaux ont honoré leurs morts de la guerre de 1914 - 1918 en choisissant, pour le monument élevé à leur mémoire sur la place justement appelée place Jeanne d'Arc, une statue représentant la Pucelle s'élançant hardiment vers le combat. Il y a là l'évocation, sous les traits d'une héroïne nationale, non seulement de ceux qui sont morts sur les champs de bataille, mais aussi de ce grand personnage, compagnon intègre et désintéressé de Jeanne que fut Louis de Bourbon et, qui sait ? de ces lointains ancêtres aubinois qu'il a peut-être entraînés derrière lui.

Sources :

Deniau - Quelques pages d'Histoire
Roman d'Amat - Distionnaire de Biographie française T.6
Erlanger - Charles VII et son mystère
Hallopeau - Essai sur l'histoire des Comtes de Vendôme
Le Paige - Dictionnaire ... généalogique du Maine
Achaintre - Hist. gén. ... de la Maison R. de Bourbon
Chercheurs et Curieux, 1971, 1972, 1979 ...